Le 1er octobre, l'agence postale de St Sorlin va fermer ses portes. Après 61 ans de loyaux services, Marinette Moretton se retire du circuit. Plus de cigarettes à acheter par la fenêtre du café les jours fériés et plus d'affranchissement du courrier. Oui, par deux fois, marie a vraiment pris peur quand ils sont entrés dans la maison, ils voulaient la caisse « mais je me suis assise dessus et je n'ai plus bougé ! C'est que je suis une proie facile maintenant, alors c'est ce qui m'a décidée d'arrêter ». Tandis que Marinette rend son tablier de tenancière de café (*) et de postière, elle se rappelle encore des premiers jours
Avant, Monsieur Grange le manchot montait de Mornant à bicyclette jusqu’à St André la Côte pour livrer son courrier. Il redescendait ensuite par Riverie. On l'appelait ainsi parce qu'il avait perdu son bras à la guerre de 14/18.
Mais en 1930, ils ont inventé la poste automobile rurale. Il fallait un distributeur dans chaque commune. « C'est comme ça que j'ai commencé, j'avais16 ans et c'était le 16 décembre » raconte Marinette Moretton. La poste automobile arrivait le matin de Mornant pour prendre des voyageurs et déposer le courrier. Elle repassait ensuite l'après-midi. Il fallait à chaque fois marquer le nombre de voyageurs. Pour 5F, on pouvait faire tout le circuit : St Martin, Duerne, Saint-Symphorien, Larajasse, l'Aubépin, Ste Catherine et Riverie. « Ici c'était la CP5 : correspondance postale 5 » explique marie « parfois je trimballais de grosses sommes d'argent ! mais nous étions surveillés de très prêt par les contrôleurs ! ». A cette époque là « y'avait pas Internet et la distribution du courrier fonctionnait 7 jours sur 7, et puis ça rendait bien service parce personne n'avait de voiture » !
Après, tout cela a bien changé, Marinette s'est mariée avec Pierre Moretton de Chaussan en janvier 1935 et n'est revenue à St Sorlin qu'en 1948. Entre temps il y avait eu la guerre et les longues années d'angoisse à attendre un mari qu'elle croyait disparu. André avait 10 ans lorsque son père est rentré de Prusse. Et là la vie a pu reprendre son cours.
Quand Marinette et Pierre Moretton achètent le fond de commerce des Bajard, il faut commencer par tout réparer jusqu'au toit ! Marie reprend son service aux PTT et se met au fourneau tandis que Pierre cultive les meilleurs légumes. Une ambiance familiale qui va ravir les premiers touristes. L'hôtel porte encore la plaque « informations touristiques gratuites ». De 1955 à 1960, il accueillait 35 pensionnaires pendant les 3 mois d'été. Bien sûr, il y eût aussi les repas de mariages avec leurs 6 plats d'affilée et plus tard, le café Moretton allait devenir le « repère » favori des ouvriers, parfois ils restaient même taper la belote l'après-midi au lieu d'aller travailler ! C'est dire si on s'y sentait bien chez Marinette !
(*) Pour conserver une licence à St Sorlin, Maurice moretton, le fils de marie continuera d'ouvrir le café le dimanche matin.